Vers une « smart » Grande Région ?


Lëtzebuerger Journal, 17 mai 2017

Par Claude Karger

Comment faire de la Grande Région un acteur de pointe dans la transformation digitale ? - Les réflexions de Laurent Probst et de Guy Brandenbourger (PwC Luxembourg).

Le schéma directeur pour transformer villes et régions en plateformes dans le cadre de transformation digitale repose sur quatre piliers : la « smart » gouvernance, la création de « rampes de lancement » digitales qui présupposent des investissements en infrastructures-clé, les compétences digitales et les entrepreneurs nécessaires pour accélérer la transformation digitale et l’accès aux données et technologies requises pour des solutions appliquées aux défis locaux.

Laurent Probst, Associé et Economic Development & Innovation Leader chez PwC Luxembourg déplie en début d’entretien une carte qui présente les fondamentaux pour créer un véritable écosystème digital et affiche les responsabilités de chacun des acteurs dans la ville ou dans les territoires pour y arriver : aux responsables politiques de créer l’environnement règlementaire adéquat mais aussi de prendre une fonction de « motivateurs-en-chef », aux financiers de fournir le capital nécessaire, aux chercheurs de trouver de nouvelles solutions innovantes, aux acteurs de l’éducation de former des professionnels sachant les appliquer, aux entreprises et aux acteurs de la société civile de mettre en musique les solutions, aux média de faire connaître les projets au grand public…

Depuis deux ans et demi, PwC Luxembourg accompagne la Commission Européenne afin de développer une stratégie de transformation digitale et de bien la structurer pour en faciliter la mise en œuvre au niveau territorial. D’ailleurs, indique Laurent Probst, 15 villes « modèles » seront choisies à l’automne pour appliquer le schéma-directeur énoncé par l’UE.

Pour Laurent Probst et Guy Brandenbourger, Associé et Advisory Leader Grand Est chez PwC Luxembourg, le moment est venu de réfléchir pleinement sur l’application de ce modèle à la Grande Région qui représente avec près de 15 millions d’habitants la taille des régions les plus innovantes au monde. Ces régions seraient par ailleurs beaucoup plus légitimes à collaborer avec des ensembles d’une taille semblable et où des écosystèmes digitaux se développent à grande échelle.

Or, «il n'y a pas aujourd’hui de discussion transfrontalière approfondie pour réussir ensemble la transformation digitale et développer une véritable stratégie de compétitivité au niveau de la Grande Région », alerte Laurent Probst. « Et pourtant », ajoute Guy Brandenbourger, « nous avons dans un rayon de quelques centaines de kilomètres seulement des ressources formidables au niveau de la recherche et de l’innovation, du financement et de production dont une mise en réseau pourrait être avantageuse pour toute la Grande Région ».

Au-delà de lenteurs liées à différents systèmes de décision institutionnels, qui impliquent des impulsions économiques non coordonnées, différents modes de financement et de soutien public, les deux experts de PwC Luxembourg esquissent surtout un défi de taille : celui de la disponibilité des compétences - les fameux talents - pour réussir la transformation digitale.

«Le Luxembourg en tant que locomotive économique de la Grande Région doit aller chercher de plus en plus loin les talents pour se développer davantage encore », constate Laurent Probst alors qu’il devient de plus en plus difficile de trouver des collaborateurs hautement qualifiés dans ce « catalyseur d’emplois » que constitue toujours la Grande Région pour le Grand-Duché. Car la demande explose au vu des besoins de la transformation digitale.

Raison de plus aux yeux des deux experts pour rapprocher davantage les systèmes d’éducation et de formation continue au sein de la Grande Région. Un rapprochement susceptible de déboucher aussi sur des solutions permettant de former les collaborateurs aux exigences de la transformation digitale afin d’éviter que certains d’entre eux doivent passer par le non emploi.

« Comment mieux agir sur les peurs pour l’emploi que suscitent les rapides transformations des métiers que de préparer efficacement à ces développements ? », insiste Guy Brandenbourger. Et Laurent Probst de pointer le « défi » que constitue cette anticipation des changements pour le management des entreprises et les responsables des ressources humaines en particulier.

Pour que ce nouveau modèle de société fonctionne, il faudra bien sûr aussi créer les infrastructures adéquates pour permettre une mise en réseau efficace. Ici, on ne parle pas que des connexions digitales, mais bien aussi d’aménagement du territoire et de la mobilité en particulier. Comme exemple de coordination à double vitesse à ce niveau, Guy Brandenbourger cite l’exemple de l’autoroute A3 que le Luxembourg projette de mettre à trois voies sur une partie du réseau du Grand-Duché, alors que du côté français, le mise à deux fois trois voies patine toujours, faute de solution de financement.

Pour les spécialistes, la clé de la réussite pour mettre la Grande Région à la pointe de la transformation digitale est une coordination renforcée à tous les niveaux, mais surtout d’abandonner les vieux réflexes de concurrence et plutôt de stimuler une vision commune pour l’avenir. «Nous sommes submergés par la lecture de constats passéistes régulièrement, rarement complétés avec des propositions concrètes », regrette Guy Brandenbourger qui suggère l’organisation d’un « hackathon prospectif » avec tous les acteurs de la Grande Région. Il s’agirait-là d’une réflexion à engager sur plusieurs mois dans le but de développer, sur base des données disponibles de nouvelles solutions d’avenir pour la Grande-Région. Un exercice qui ferait sans doute bouger bien des lignes.

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