Le Luxembourg dans la Grande Région : Compétitivité et croissance économique

Acteurs économiques et représentants des pouvoirs publics au rendez-vous pour cette 6ème édition.

Près de 300 participants ont pris part à la 6ème édition des Journées de l’Économie les mardi 15 et mercredi 16 février 2011. Organisées au profit de l’association « Jonk Entrepreneuren » par le Ministère de l’Économie et du Commerce Extérieur, la Chambre de Commerce du Grand-Duché de Luxembourg et la Fedil-Business Federation Luxembourg, en collaboration avec PwC Luxembourg, ces deux demi-journées ont permis de répondre à des questions relatives à la compétitivité des PME en Grande Région et au Luxembourg.

Véritable forum de discussion, lieu d’échange et de rencontres transfrontalières, l’événement a réuni les acteurs économiques et les représentants des pouvoirs publics autour de thèmes clés pour le futur de la Grande Région et du Luxembourg.

  • La Grande Région, un modèle de coopération transfrontalière

Pierre Gramegna, Directeur Général de la Chambre de Commerce du Grand-Duché de Luxembourg et Jean-Marie Halsdorf, Ministre de l’Intérieur et à la Grande Région ont ouvert la séance du 15 février. Jean-Marie Halsdorf a précisé que la Grande Région se présente comme un véritable modèle de coopération transfrontalière en Europe à tous les niveaux. En effet, différents projets voient progressivement le jour au niveau des transports, de la culture, de l’aménagement du territoire et de la mobilité transfrontalière. « L’Europe de demain sera l’Europe des Régions » affirme-t-il. « C’est dans cet espace que les entreprises doivent prendre des risques pour innover. Il faut faciliter leur création, assurer la transmission des entreprises et des savoir-faire, favoriser la formation et l’apprentissage pour assurer l’avenir des PME .

  • Une étude sur la compétitivité des PME en Grande Régione

Sur un mode interactif, au travers de l’utilisation de votes en temps réel, les participants ont pu répondre à des questions relatives aux observations d’une étude engagée par PwC Luxembourg auprès d’une centaine de PME en Grande Région. Luc Henzig, associé chez PwC Luxembourg, en a présenté les premiers résultats:

  • 40% des entreprises interrogées ne disposent pas de business plan pour la prévision des décisions stratégiques futures (tant au niveau des investissements que des recrutements)
  • Au niveau opérationnel, l’innovation et l’exportation apparaissent, avec des différences régionales marquées, comme deux facteurs clés du développement économique à long terme.
  • La pénurie de chefs d’entreprises et de main-d’œuvre qualifiée est l’une des contraintes la plus importante au développement économique.

Etienne Henry, associé chez PwC France, Metz-Strasbourg, est revenu sur les différents freins à la compétitivité des PME tels que le manque de main-d’œuvre qualifiée, en particulier pour les métiers opérationnels et techniques, ainsi que les procédures administratives. Le taux de taxation des sociétés, très disparate en fonction des pays, apparaît également comme un frein au développement uniforme au niveau de la Grande-Région.

  • La compétitivité des PME du point de vue des entrepreneurs de la Grande Région

Stéphane Bailly, Directeur Général, Groupe Peugeot Bailly ; Philippe de Beco, Administrateur délégué, Pirson International ; René Grosbusch, Gérant Administratif ; Grosbusch & Fils ; Max Philip Krajewski, Directeur financier, Saarcoating ; Louis-Claude Porel, Président, Hydro Leduc et Marc Wagener, Directeur Général, Landewyck Group ont successivement donné leurs expériences professionnelles en écho à ces observations. Chacun des entrepreneurs a délivré une perception différente du business plan qui, au-delà de la forme, indique que la vision de l’entreprise n’est pas clairement communiquée. Si pour certains il est synonyme du positionnement, des objectifs et des moyens, il signifie également, pour d’autres, un gage de la pérennité de l’entreprise et outil de pilotage et de motivation visant à souder l’équipe dirigeante sur un plan commun.

L’écoute du client, l’assistance marketing, la segmentation des processus couplée à une réactivité sur les procédures de décision ou encore la recherche de nouveaux produits sont autant de définitions de l’innovation proposées par les panélistes. « L’innovation nous a permis de nous rapprocher de l’exportation. En effet, en 2005, nous n’avions aucun revenu issu de l’exportation. Aujourd’hui, plus de 25% de notre chiffre d’affaires est dû à nos exportations en Grande Région » explique M. Grosbusch.

Du côté des procédures administratives, même constat de la part des entrepreneurs : la complexité et la lourdeur des processus font l’unanimité. Même si Philippe de Beco constate que des simplifications ont été décidées au niveau de l’Europe, telles que les règles de TVA il y a un an, cela n’a pas allégé les démarches pour autant. Toutefois, les différences administratives entre les pays peuvent être considérées comme des opportunités pour optimiser la gestion de l’activité.

« S’il n’y a de richesse que d’homme » selon M. Porel, il n’en est pas moins évident que les ressources humaines sont à la fois freins et opportunités. Cependant la Grande Région représente un véritable vivier de main-d’œuvre pour le Luxembourg permettant par ailleurs de relever de nombreux défis en termes de formation et de qualification des compétences humaines.

  • Vers une image de marque pour la Grande-Région ?

Pour conclure la séance, Jean-Pierre Masseret, Président du Conseil régional de Lorraine, et assumant la Présidence tournante de la Grande Région depuis janvier 2011, a rappelé qu’une unité plus forte entre les entités de la Grande Région doit être possible à long terme. En effet, la croissance luxembourgeoise et la croissance de la Grande Région sont complémentaires et interdépendantes.

Selon Jean-Pierre Masseret, la Grande Région doit faire valoir ses atouts, son attractivité, d’où la nécessité de fonder une marque afin de se différencier des autres régions et métropoles concurrentes en Europe. La mise en évidence du potentiel des entreprises, de l’importance de la formation, de la mobilité et du potentiel de recherche sont autant de base pour l’édification de cette marque. Elle s’appuierait progressivement sur l’édification d’un socle de valeurs communes afin de viser la croissance économique ainsi que le maintien de l’emploi.

  • 16 février 2011, la compétitivité du Luxembourg : deux approches pour un tour d’horizon

La deuxième journée fut l’occasion de réfléchir sur la compétitivité du Luxembourg. Didier Mouget, Managing Partner de PwC Luxembourg, a ouvert la matinée en rappelant que la crise récente avait entraîné une concurrence effrénée entre les entreprises et parmi les nations. Après avoir expliqué différents classements et critères de la compétitivité entre les pays établis par des organismes compétents, M. Mouget a introduit les orientations des débats. Même si les indicateurs luxembourgeois semblent optimistes, cela ne signifie pas pour autant que la compétitivité du pays soit acquise. Une approche macroéconomique en présence d’experts ainsi qu’une vision microéconomique au travers de la perception de CEO d’entreprises luxembourgeoises ont permis d’envisager cette problématique.

  • D’une perspective macroéconomique : la dégradation des indicateurs

Après quelques observations concernant les différences régionales sur le coût horaire moyen de la main-d’œuvre, le taux d’inflation ou encore l’impôt sur les sociétés, le premier débat, animé par Carlo Thelen, Économiste en chef, Chambre de Commerce du Grand-Duché de Luxembourg, a réuni des experts sur une approche macroéconomique. Serge Allegrezza, Directeur de l’Observatoire de la Compétitivité, Yves Mersch, Gouverneur de la Banque Centrale du Luxembourg et Lionel Fontagné, Professeur à l’Université Paris I sont revenus sur les différences régionales entre les coûts et les prix, les investissements publics dans les infrastructures. M. Allegrezza a rappelé que toutes les dimensions de la compétitivité – coût, conjoncture et qualité - devaient être envisagées en tant qu’ensemble. Même si le Luxembourg semble bien placé, il a constaté que les indicateurs luxembourgeois de la compétitivité se dégradent peu à peu, tels que l’exportation, l’évolution des coûts salariaux et l’emploi. « Il ne faut pas confondre niveau actuel et évolution dans le temps » précise Serge Allegrezza. Et Yves Mersch d’ajouter « La compétitivité luxembourgeoise des années 80 a été progressivement grignotée pendant ces vingt dernières années. Les différents indicateurs de l’emploi, de l’inflation, de la croissance, de la dette et du déficit se sont dégradés. A terme, l’industrie risque de le payer tout comme les services, c’est une guillotine sociale que de refuser de sortir de cette ornière. »

  • D’une perspective microéconomique : innovation et formation au centre des discussions

La compétitivité ne se réduit pas à un pur concept macroéconomique, c’est aussi un vécu différemment ressenti par les entreprises au quotidien. Ainsi Romain Bausch, Président et CEO, SES, Robert Dennewald, Président Eurobéton, Marco Houwen, CEO, Luxcloud, Marc Solvi, CEO, Paul Wurth et Carlo Thill, Président du Comité de Direction, BGL BNP Paribas se sont réunis autour d’une deuxième table ronde. Ces chefs d’entreprises luxembourgeoises ont dévoilé leur perception de la compétitivité et les obstacles limitant le développement de leurs entreprises. Des prix bas imposés par la concurrence couplés à une hausse des coûts de production (matières premières, énergie et salaires) ont entraîné une érosion dangereuse des marges selon Robert Dennewald. « Si on ajoute à cela les complexités administratives et la préférence des produits importés au détriment des produits luxembourgeois, des entreprises pourraient se voir obligées de fermer ou de délocaliser » affirme-t-il.

Pour Marco Houwen, CEO, Luxcloud, l’accès à la technologie et aux infrastructures est synonyme de compétitivité. L’innovation et la formation de la main-d’œuvre apparaissent comme deux challenges pour le développement luxembourgeois. Des points de vue partagés par Marco Solvi qui ajoute« Nous devons miser sur le progrès technique, la recherche et le développement, la création et la protection de nos nouveaux produits pour convaincre nos clients de nos réalisations techniques ». Il a également précisé que ces objectifs passeront nécessairement par la qualification, les compétences et la mobilité des ressources humaines.

  • Une érosion rampante, un message à faire passer

Jeannot Krecké, Ministre de l’Economie et du Commerce Extérieur, a clôturé les Journées de l’Economie en regrettant la difficile transmission du message des entrepreneurs présents. « L’érosion de la compétitivité est rampante dans bon nombre de domaines mais cela ne frappe pas pour autant les esprits ». M. le Ministre a précisé que l’importance ne résidait pas dans ce qui c’est passé mais dans la trajectoire que le Luxembourg va adopter pour faire face aux défis de la compétitivité. Il a rappelé que l’apparente bonne santé du PIB luxembourgeois n’était pas pour autant générateur de recettes fiscales. « Nous devons arrêter cette érosion en misant sur le renouement du dialogue social. Il faut également arrêter les combats d’arrière-garde sur des indicateurs afin de mettre en place des mécanismes d’action et d’alerte. Il faut miser sur une société qui ose enfin. Ce sont le développement des infrastructures et la formation de la main-d’œuvre, dont nous ne pouvons nous passer et desquels nous sommes interdépendants, qui feront la différence ».

Défendant son paquet de 65 mesures pour renforcer la compétitivité au niveau national, le ministre a conclu cette sixième édition en rappelant la publication prochaine d’un bilan pour faire le point sur les mesures d’amélioration de la compétitivité.

Les séances académiques terminées, les rencontres et discussions spontanées entre participants ont témoigné des nombreuses problématiques concernant la Grande Région et le Luxembourg. Autant de pistes de travail qui permettront d’alimenter de prochaines éditions des Journées de l’Economie.


Sous le patronage de:

Ministère de l'Economie et du Commerce extérieurMinistère de l'intérieur et à la Grande RégionMinistère des Classes moyennes et du Tourisme



Notes à l’éditeur :

  1. PwC Luxembourg (www.pwc.com/lu) emploie près de 2000 spécialistes originaires de 53 pays différents. PwC fournit des services d’audit, de conseil fiscal et de conseil en gestion, privilégiant une approche sectorielle afin de contribuer à la création de valeur ajoutée pour ses clients. Au sein du réseau PwC, plus de 163 000 personnes dans 151 pays partagent leurs idées, expériences et solutions afin de proposer des initiatives novatrices et des conseils pratiques.
  2. « PwC » est la marque sous laquelle les firmes membres de PricewaterhouseCoopers International Limited (PwCIL) opèrent et fournissent des services. Ensemble, elles constituent le réseau PwC au sein duquel chaque firme est juridiquement indépendante et n'agit pas en qualité d'agent de PwCIL ni d'aucune autre firme. Les services fournis aux clients sont délivrés par les firmes membres et non par PwCIL qui ne peut être tenue responsable des actes ou omissions de ses membres. PwCIL n’a pas la capacité juridique ni la possibilité de contrôler l’activité professionnelle de ses membres ni d'engager l’un de ses membres d'une quelconque façon.
  3. PwC a changé son nom, de PricewaterhouseCoopers à PwC. « PwC » se rédige au sein d’un texte avec un « P » et un « C »majuscules. Le nom « PwC » apparaît en lettres entièrement minuscules uniquement en cas d’usage du logo.
  4. L’Observatoire de la Compétitivité a été mis en place au sein du Ministère de l'Economie et du Commerce extérieur en juillet 2003 suite à la reconnaissance du Comité de coordination tripartite luxembourgeois de la nécessité de se doter d’un outil permanent d’observation de la compétitivité et des indicateurs y afférents. Le rôle de l’Observatoire de la Compétitivité est d’assister le Gouvernement et les partenaires sociaux à définir les orientations et le contenu de politiques favorables et compatibles avec une compétitivité à long terme, source de croissance et de bien-être. C’est est, en l’occurrence, un outil de documentation, d’observation et d’analyse de l’évolution de la position compétitive du pays: une cellule de veille chargée d’instruire les dossiers, de les surveiller et d’impulser l’accompagnement par les partenaires désignés. Les principales missions de l’Observatoire de la Compétitivité sont les suivantes:
    • collecter, analyser, comparer les informations existantes, au niveau national, régional et international, relatives à la compétitivité économique;
    • diffuser de façon bien ciblée des informations sélectionnées et traitées, utiles à la prise de décision stratégique;
    • effectuer ou faire effectuer des études et recherches sur la compétitivité, ses déterminants, etc.;
    • contribuer aux travaux et analyses des organisations internationales (Conseil de l’UE, OCDE, etc.) sur la compétitivité.
  5. Jonk Entrepreneureun Luxembourg a.s.b.l. a pour objet de faire croître une culture entrepreneuriale parmi les jeunes au Luxembourg à travers un partenariat entre le monde économique et de l’éducation (www.jonk-entrepreneuren.lu).