La reprise, un phénomène durable? - Les comptes annuels 2009 des banques allemandes établies au Luxembourg

PricewaterhouseCoopers Luxembourg a publié la 27ème édition de l’analyse intitulée « Auswertung der Jahresabschlüsse der deutschen Eurobanken in Luxemburg ». 

L'étude «Auswertung der Jahresabschlüsse 2009 der deutschen Eurobanken in Luxemburg»[1], qui compare les comptes annuels des filiales luxembourgeoises des banques allemandes et commente l'évolution du secteur bancaire au Luxembourg, est publiée ce mercredi 14 juillet par Thomas Schiffler et Rima Adas, associés chez PwC Luxembourg.

Selon les statistiques de la CSSF à la fin de l'année 2009, le nombre des banques allemandes s'élève à 45 entités, dont 29 filiales et 16 succursales. Ces dernières ne publient pas de comptes annuels séparés.

Ainsi, les banques allemandes restent les plus nombreuses sur la place financière. Cependant en 2008/2009, des décisions de restructuration, de fermeture ou de vente d’activités au Luxembourg avaient déjà été prises pour un certain nombre de groupes bancaires. Ces décisions étaient dues principalement à la crise financière, aux interventions et mesures de soutien nécessaires de l'Etat, ainsi qu’aux contraintes de l’UE et modifieront sensiblement le paysage bancaire allemand au Luxembourg dans les années à venir. Citons notamment la fermeture de IKB International et de la succursale de IKB AG prévue pour le 31 mars 2011, la vente des activités de WestLB International et de LBBW Luxemburg, ainsi que la restructuration de HSH Nordbank. Par ailleurs, suite à la reprise de la banque Sal. Oppenheim par le groupe Deutsche Bank AG, qui, compte tenu de sa participation dans la BHF-Bank, a conduit à la présence de six entités du groupe Deutsche Bank au Luxembourg, d’autres mesures de consolidation ne sont pas à exclure. D’autres incertitudes existent également au niveau du développement futur des activités des banques privées qui sont mises sous pression.

Le bilan agrégé des filiales des établissements de crédit allemands montre que les activités en 2009 ont baissé durant ces trois dernières années. Au 31 décembre 2009, la somme des bilans accuse une baisse de 39,6 milliards d’euros, soit -13,3%, pour s’établir à 258,8 milliards d’euros. Après une croissance constante jusqu’à l’année 2006, la somme des bilans est revenue aujourd’hui au niveau de l’année 2000. Le recul des actifs s’est effectué au sein de tous les postes de bilan. Les portefeuilles titres (- 17,7 milliards d'euros, soit -18,1%) ainsi que les créances sur les établissements de crédit (- 11, milliards d’euros, soit -9,3%) accusent le plus fort recul en chiffres absolus. Parmi les groupes bancaires soumis à l’analyse, le plus fort recul du total des bilans revient au groupe des « Landesbanken », avec une diminution totale de 21,2 milliards d’euros, soit -25,2 %, et au groupe des grandes banques[2], avec un repli de 12,4 milliards d’euros au total, soit -8 %. En résumé, il se dégage une tendance générale à la réduction de la somme des bilans auprès des filiales bancaires étant donné que, pour 20 banques, le montant total du bilan a diminué globalement de 42,8 milliards d'euros, et a progressé  pour six banques seulement qui totalisent 3,1 milliards d'euros.

Les fonds propres disponibles, en croissance au sein de tous les groupes bancaires, ont augmenté dans l’ensemble de 2,2 milliards d’euros, soit une progression de 25,5% par rapport à l’année précédente, pour s’établir à 11 milliards d’euros. A noter que ceux-ci comprennent dans un certain nombre de banques des charges latentes résultant des différences d'évaluation des instruments financiers entre les valeurs comptables et les valeurs de marché, représentant au total 2096 millions d’euros (3997 millions d’euros l’année précédente). Selon les explications données dans les comptes annuels, il s’agit de corrections de valeurs temporaires et non définitives.

En analysant les résultats financiers de l’exercice 2009 par comparaison au résultat total de toutes les banques luxembourgeoises, il est à noter tout d'abord que, d'après le rapport d'activités de la CSSF, le résultat total de toutes les banques a augmenté de 1155% à 2740 millions d’euros tandis que, dans le segment de marché allemand, le résultat total annuel de 351,8 millions d’euros en 2008 n’a augmenté que de 133% pour s’établir à 820,4 millions d’euros. Une comparaison de ces deux valeurs s’avère pourtant difficile pour plusieurs raisons : les données de la CSSF sont provisoires, reposent sur des comptes établis selon IFRS/FinRep et comprennent également les succursales qui ne sont pas assujetties aux obligations de publication.

Au regard des différentes composantes du résultat, nous pouvons cependant constater que les banques allemandes présentent essentiellement les mêmes tendances de développement que le marché global. Avec un résultat opérationnel à la baisse en ce qui concerne la marge d’intérêts et l’excédent de commissions perçues, ainsi qu’une amélioration légère des frais administratifs, les banques allemandes ont profité des tendances de reprise sur les marchés financiers concernant les portefeuilles titres et les activités de crédit, et ont représenté une part toujours significative du résultat total des banques luxembourgeoises – même si cette proportion a enregistré un léger recul, et bien que le niveau soit largement inférieur à celui de l’année-record 2006 (résultat annuel total de 1518 millions d’euros par rapport à un résultat total de la Place de 5671 millions d’euros).

Les principaux éléments pour l'analyse des comptes de résultats des filiales allemandes en 2009 sont donc les suivants : 

  • après le record historique en 2008, une baisse de la marge d’intérêts de 207 millions d’euros pour s’établir à 1858,9 millions d’euros, due principalement au recul des produits de participations ;
  • une baisse constante des revenus de commissions nettes perçues, de 607,6 millions d’euros à 501,4 millions d’euros, essentiellement imputée à la baisse ou à la suppression des recettes provenant des activités de banque dépositaire et des commissions réduites résultant des transactions dans le secteur des banques privées ;
  • après la chute drastique de l’année précédente, un résultat de l’activité financière positif et sensiblement amélioré de 150,2 millions d’euros (- 697,6 millions d’euros l’année précédente) dû à la progression des résultats d’évaluation et à la régression des amortissements sur les portefeuilles titres ;
  • des autres résultats d’exploitation fortement en baisse de 665,9 millions d’euros pour s’établir à 51,7 millions d’euros, tout en considérant que le résultat de l’année précédente a été influencé par une série d’éléments exceptionnels (notamment l’abandon de créances d'une maison mère de 400 millions d'euros) ;
  • malgré les mesures de restructuration auprès de certaines banques pesant sur le résultat, des frais administratifs et de personnel légèrement en baisse (638,9 millions d’euros contre 644,3 millions d’euros l’année précédente) ;
  • des provisions pour risques de 754,9 millions d’euros (1591,8 millions d’euros l’année précédente) réduites de moitié par rapport à l’année 2008, mais dépassant toujours la moyenne des années précédentes ;
  • après une nouvelle augmentation des impôts sur les bénéfices, un excédent annuel accru de 468,6 millions d'euros pour s’établir à 820,4 millions d'euros.

L’excédent annuel au total a plus que doublé par rapport à l’année précédente, mais il reste toujours au-dessous des résultats des années 2003 à 2007 dans lesquelles le marché allemand pouvait présenter un résultat total au-delà du milliard d’euros.

L'étude « Auswertung der Jahresabschlüsse 2009 der deutschen Eurobanken in Luxemburg» est consultable en langue allemande sur le site Internet www.pwc.com/lu ou peut être obtenue sur simple demande adressée à PwC Luxembourg (pwc.publications@lu.pwc.com).

 


[1] Analyse des rapports annuels 2009 des banques allemandes établies au Luxembourg

[2] Mesurées en fonction de leurs chiffres du bilan