Les banquiers se posent beaucoup de questions quant à l’avenir du secteur

La dernière enquête « Banking Banana Skins » menée conjointement par le CSFI[1] et PricewaterhouseCoopers présente un classement actualisé des plus grands risques auxquels le secteur bancaire doit faire face. Cette année, l’ingérence politique occupe la première place, alors que les enjeux opérationnels restent néanmoins nombreux.

Les résultats de l’enquête annuelle « Banking Banana Skins » rassemble les opinions de quelque 450 acteurs du monde financier originaires de 49 pays notamment au travers d’un classement où figurent les 30 plus grands risques bancaires perçus en cette période de crise. L’édition 2010 révèle que l’ingérence politique constitue la préoccupation majeure du secteur.

Ainsi, les banquiers taxent ladite ingérence d’avoir infléchi leurs décisions d’octroi de crédits. Selon les participants à l’étude qui n’étaient pas banquiers, le sauvetage des banques par le gouvernement aurait encouragé des comportements imprudents et donc causé du tort au secteur bancaire.      

 Les autorités de contrôle craignent quant à elles la défection précoce des gouvernements, ce qui entraînerait inévitablement un nouvel effondrement des banques.

« Il est ironique de constater que ceux-là mêmes à qui les politiques ont dû tendre la main traitent en premier lieu ces derniers de semeurs de troubles du secteur, explique David Lascelles, rédacteur de l’étude. Mais la relation entre les banques et la société est clairement en crise et il va falloir des années pour rebâtir la confiance. En attendant, les banques devront mener leurs activités avec un désavantage financier ».

« L’enquête met également en exergue les inquiétudes des banques quant à leur capacité à gérer leurs affaires de manière sûre. Les « risque de dérapage » relatifs à la qualité du « risk management », de la gouvernance d’entreprise et des rémunérations variables des dirigeants figurent dans le classement en tant que sources d’inquiétudes majeures, commente Thierry López, Directeur et Risk Management Leader, PwC Luxembourg : « Un constat qui s’applique également au secteur bancaire luxembourgeois. »

« De nombreux risques identifiés  par l’étude, notamment le risque de crédit figurant en deuxième position, proviennent du fait que les banquiers appréhendent l’impact de la récession sur le secteur bancaire, ajoute Philippe Sergiel, Associé, Banking Audit Leader chez PricewaterhouseCoopers Luxembourg. Durant les interviews préparatoires à l’étude, la majorité des participants se sont montrés pessimistes et ont craint une récession en «W» ainsi qu’une  seconde vague de dettes toxiques pour les banques. Même si la sur-réglementation représente une menace pour les activités bancaires selon l’étude, les facteurs opérationnels doivent également figurer à l’agenda du secteur financier afin d’éviter d’éventuels problèmes ». 

D’autres risques semblent cependant avoir reculé en cette sortie de crise mondiale. Ainsi, la maîtrise des instruments dérivés, les « spreads » de crédit et le risque sur actions, ont chuté par rapport à l’étude de 2008. Le risque inhérent aux hedge funds a quant à lui fortement reculé. Il figurait à la dixième place en 2008 et se classe à présent à la dix-neuvième position. Les risques de  « Financial plumbing » (back office, systèmes de paiement, etc.) semblent également modérés. Ils s’en sont tous bien sortis pendant la crise. La question environnementale occupe toujours la 25ème place malgré l’importante sensibilisation à cette problématique lors du Sommet de Copenhague.


Banking Banana Skins 2010
(Précédent classement entre parenthèses)
  1. Ingérence politique (-)
  2. Risque de crédit (2)
  3. Sur-réglementation (8)
  4. Tendances macro-économiques (5)
  5. Liquidité (1)
  6. Disponibilité des capitaux (-)
  7. Instruments dérivés (4)
  8. Qualité de la gestion des risques (6)
  9. « Spreads » de crédit (3)
  10. Actions (7)
  11. Devises (13)
  12. Gouvernance d’entreprise (16)
  13. Matières premières (12)
  14. Taux d’intérêts (9)
  15. Fraude (11)
  16. Rémunération variable des dirigeants (17)
  17. Marchés émergents (18)
  18. Forte dépendance technologique (15)
  19. Hedge funds (10)
  20. Trader frauduleux (14)
  21. Pérennité de l’activité (23)
  22. Pratiques de vente au détail (20)
  23. Conflits d’intérêts (21)
  24. Back office (19)
  25. Risque environnemental (25)
  26. Systèmes de paiement (27)
  27. Blanchiment d’argent (24)
  28. Course à la fusion(28)
  29. Réglementation insuffisante (29)
  30. Concurrence des nouveaux entrants (30)


[1] La série d’enquêtes “Banana Skins” de CSFI propose un aperçu périodique des risques présents sur la scène financière