La crise financière amorcée avec les « subprimes » durant l’été 2007 a atteint son apogée – d’une rare violence - avec la chute de Lehman Brothers en septembre 2008. Les étapes clés de la crise financière (dont les impacts se font encore ressentir aujourd’hui), ont définitivement modifié la perception des risques financiers et la manière avec laquelle on s’attend à ce qu’ils soient gérés. A la lumière des récents développements du marché, la gestion du risque est appelée à devenir indispensable. Reste que son intégration par les acteurs de la place financière dépendra d’une communication de bon sens autour de cette problématique. Si la règlementation instaurée sous UCITS1 III (notamment la circulaire CSSF 07/308) a obligé l’industrie à mettre en place un dispositif d’évaluation et de mesure des risques complet et sophistiqué, il apparaît que certains processus jugés auparavant comme parfois « nice to have » se sont rapidement avérés indispensables aux yeux des différents acteurs de la finance et du régulateur (par exemple la gestion du risque de liquidité). Cependant, force est de constater qu’en règle générale, dès que le sujet de la gestion des risques (ou « Risk Management ») est abordé, bon nombre d’acteurs font un pas en arrière. Bien sûr, ils ne remettent pas en question la nécessité et la pertinence de tels processus mais préfèrent souvent en laisser la responsabilité à des spécialistes ou à des experts.
Le message du régulateur en termes de Risk Management
Même si les fonds régis par le régime UCITS ont bien « survécu » à la crise, certaines modifications et ajouts dans le dispositif des risques ont été apportés par le CESR 2(CESR 09-178 et CESR 10-788) dans le cadre de UCITS IV.
En lisant entre les lignes des différentes dispositions adoptées récemment par les régulateurs, on peut rapidement se rendre compte que l’obligation principale concerne la connaissance de tous les risques auxquels les fonds sont exposés et ainsi que leurs identifications. Cette démarche permet ensuite de les évaluer ou de les mesurer et de les gérer efficacement.
De plus, en termes de gestion des risques, les obligations au niveau des sociétés de gestion (comme pour les SICAV autogérées) ne font que s’accroître. Là où certains types de risques n’étaient autrefois liés à aucune obligation de mesure (effet levier, risque de liquidité, etc.), il en sera tout autrement dans le cadre des nouvelles normes (i.e. UCITS IV, AIFMD 3) régissant l’industrie des fonds d’investissements.
Les composantes d’un processus de gestion des risques :

1. Les mesures quantitatives et leur interprétation qualitative
Le point de départ est l’identification des risques pertinents pour le fonds ou la gamme de fonds. Une fois les zones à risques identifiées, il conviendra de déterminer et calculer les indicateurs nécessaires à leur suivi.
Bien que les étapes de calcul de ces indicateurs renferment des notions techniques parfois complexes, cela n’empêche absolument pas les non-spécialistes de rapidement maîtriser les principes nécessaires à leur compréhension et leur interprétation
Prenons par exemple le cas de la « Value at Risk » (VaR). Un concept majoritairement retenu dans la mesure du risque de marché. Bien que cet indicateur puisse nécessiter des compétences statistiques et mathématiques avancées pour son calcul, l’interprétation du chiffre final est bien plus simple.
La VaR n’est rien d’autre que l’estimation de la perte maximale attendue pour un horizon de temps suivant un intervalle de confiance définis. A titre d’illustration, prenons l’exemple d’une VaR à un an avec comme intervalle de confiance 99%. Admettons que le résultat du calcul (laissé à un expert) nous donne le chiffre de 30%. Cela signifie tout simplement que dans 99% des cas, on ne s’attend pas à subir une perte supérieure à 30% de la valeur du fonds dans l’année à venir. Dès lors, on peut aisément se rendre compte que, même si les calculs sous-jacents nécessitent un certain degré d’expertise, la compréhension de l’information calculée est plus qu’abordable.
Cette démonstration faite, seul un aspect de la gestion des risques pour les fonds d’investissement a été abordé et ce sur base d’un seul indicateur. Or, comme nous l’avons vu plus haut, les fonds d’investissements ne sont pas uniquement exposés au risque de marché et les méthodes de mesures ne se limitent pas à la VaR.
Prenons maintenant comme deuxième exemple le cas du risque de contrepartie. Dès que l’on établit une transaction entre parties, une perte pourra être subie dans l’éventualité où la partie adverse fait défaut sur les paiements qui lui incombent. Pour le mesurer, il faudra déterminer les gains non réalisés (non encore payés) sur ces opérations. Certes, un certain degré d’expertise sera à nouveau nécessaire pour déterminer ce montant de manière exacte, mais, comme pour le risque de marché, l’interprétation sera aisée.
2. Procédures et contrôles
Il conviendra de ne pas perdre de vue qu’au-delà de l’interprétation, la délégation de la responsabilité des calculs ne pourra pas être totale. La société de gestion devra en effet conserver en son sein l’expertise nécessaire pour remettre en question le travail fait par leurs experts tout en tirant profit de l’esprit critique et de la prise de recul souvent gagnés par la connaissance du métier.
3. Le bon sens et la gestion des risques
Dans un domaine d’expertise souvent associé à des compétences mathématiques et statistiques, la problématique majeure ne réside souvent pas dans le choix des indicateurs et dans leur calcul mais bien dans la manière de les communiquer.
Trop souvent, ces concepts techniques sont abordés sans prise en considération du profil des participants aux discussions. Si l’on y ajoute le fait que la plupart des mesures de risques sont identifiées par des acronymes abscons, on peut comprendre pourquoi bon nombre d’acteurs préfèrent passer leur chemin.
Or, comme dans toute société, les fonds d’investissements sont exposés à des risques dont l’évaluation relève du bon sens et de la connaissance du métier, même si leur mesure fera ensuite souvent appel à des méthodes de type probabiliste.
Il paraîtra donc assez évident qu’un fonds d’investissement puisse subir des pertes suite à une évolution défavorable des marchés. Il en ira de même pour le risque de voir une de ses contreparties faire défaut sur les paiements dûs.
Cette application du bon sens dépendra aussi d’une gestion saine et efficace de la communication relative à la gestion des risques. Les dirigeants de la société de gestion ainsi que le comité de direction devront prendre en considération ces principes de bon sens durant leur revue finale des mesures de risque. Une communication régulière, transparente et complète est donc cruciale, afin de leur permettre de jouer pleinement leur rôle. Elle comprend notamment les résultats du ‘back testing’ comme indicateur de la robustesse des résultats du modèle, les résultats de stress tests, afin d’appréhender les conséquences de situations extrêmes et les analyses de tendances sur des indicateurs clés.
Le futur : un processus de gestion des risques indispensable ?
Plutôt que d’associer la gestion des risques au travail de quelques experts, il conviendra donc, au vu de ce qui a été dit plus haut, de la considérer comme un maillon indispensable de la chaîne décisionnelle.
Les efforts pour y parvenir ne seront probablement pas évidents. Certains devront approcher un domaine jusque-là inconnu et redouté. Cela dit, est-ce que la qualité d’un travail ne réside pas dans le degré d’intérêt que l’on a pour une problématique et surtout la qualité avec laquelle l’information est communiquée ? Plutôt que de se limiter aux concepts techniques et à leur complexité, la qualité de la communication assurée par le Risk Manager sera donc probablement un des éléments clés de la démystification de la gestion des risques.
Finalement, on constate que cette compétence est de plus en plus au centre des attentes du régulateur et caractérisera à l’avenir une société de gestion de fonds UCITS et AIFMD. Les entités luxembourgeoises, en étant au croisement entre la gestion de portefeuille et celle de la distribution, auront une position privilégiée pour assurer la mise en place d’une gestion des risques complète en couvrant aussi bien les risques propres au portefeuille, que les risques opérationnels, et ceux de distribution/réputation. Le Luxembourg aura donc un rôle important à jouer dans le futur, pour autant que le marché et ses acteurs saisissent cette opportunité.