Depuis l’adoption de la réforme fiscale 2008 par le gouvernement luxembourgeois mi-décembre dernier, différentes mesures sont venues s’inscrire dans la lignée de la politique d'allègement fiscal entamée il y a deux ans. L’objectif : atténuer les effets de la crise financière en redonnant du pouvoir d'achat et de la confiance aux consommateurs. Cet article propose de faire le point sur les régimes applicables et les dernières nouveautés fiscales au Grand-Duché, d’une part à travers le régime des personnes physiques, d’autre part celui des collectivités.
Par définition, le frontalier réside dans un pays (ex. France, Belgique, Allemagne) et traverse quotidiennement la frontière pour se rendre à son travail dans un autre pays (en l’occurrence le Luxembourg). Il est généralement employé directement dans le pays d’accueil par une société locale et ne bénéficie d’aucun avantage particulier lié à son statut de la part de l’employeur. Le frontalier ne doit pas être confondu avec l’expatrié[1].
Le frontalier est en principe fiscalement considéré comme non-résident au Luxembourg, détaillons ci-après ce que cela implique quand à l’imposition de ses revenus, notamment salariés.
Le frontalier est normalement imposable dans son pays de résidence sur une base mondiale de ses revenus, autrement dit, aussi bien sur les revenus qui trouvent leur origine dans ce pays de résidence - par exemple des loyers d’un appartement situé en Belgique - que les revenus de source étrangère (Luxembourg ou tout autre pays), notamment des salaires perçus en raison d’une activité professionnelle exercée sur ce territoire étranger.
Ce principe peut aboutir à des situations de double imposition pour les revenus de source étrangère lorsque le pays étranger dispose également du droit de les taxer.
Ces situations sont néanmoins réglées par l’application des conventions fiscales internationales. Ces accords (quand ils existent) conclus entre deux pays prévoient des dispositions particulières permettant d’éviter que leurs résidents soient doublement imposés sur un même revenu.
Ainsi dans le cas des frontaliers du Luxembourg, ces conventions fiscales vont généralement prévoir que les salaires perçus du fait de l’activité professionnelle exercée au Luxembourg ne soient taxables qu’au Luxembourg. Attention toutefois à ne pas en conclure que ces revenus ne doivent pas être déclarés dans le pays de résidence (Allemagne, Belgique ou France). Non seulement ces salaires devront être reportés dans la déclaration de revenus du pays de résidence mais, en plus, ces revenus y seront pris en compte pour la réserve de progressivité (voir encadré).
Encart « Qu’est ce que la réserve de progressivité »
Prenons un exemple, un résident fiscal belge perçoit des salaires de source luxembourgeoise et des loyers de source belge. Les salaires sont imposés au Luxembourg et exonérés en Belgique en application de la convention fiscale conclue entre les deux pays. Le mécanisme de réserve de progressivité permet à la Belgique de déterminer dans un premier temps le taux d’impôt qui serait normalement appliqué en Belgique sur l’ensemble des loyers de source belge et les salaires de source luxembourgeoise en l’absence de convention fiscale puis, dans un deuxième temps, d’appliquer ce taux aux seuls revenus taxables en Belgique à savoir les loyers.
Typiquement, le frontalier est imposé sur ses revenus salariaux au Luxembourg.
Retenue à la source
Les revenus que le frontalier perçoit au titre de son activité salariée exercée au Luxembourg sont imposés au Grand-Duché par voie de retenue à la source. Ces rémunérations englobent aussi bien le salaire fixe annuel que les autres avantages en nature ou en numéraire que le frontalier reçoit dans le cadre de sa relation d’emploi avec la société luxembourgeoise (bonus, chèque-restaurant, voiture de société, stock-options etc.…).
Ainsi, l’employeur déduit directement de ces revenus l’impôt dû, ce dernier étant calculé sur la base d’un barème progressif dont les taux varient de 0% à 38,95% [2] et de la classe d’impôt à laquelle le frontalier appartient.
Classe d’impôt
Il existe 3 classes d’impôt au Luxembourg (1, 1a et 2) tenant compte de la situation familiale (célibataire, marié etc.…) du contribuable et de sa qualité de résident ou non résident. Ainsi les frontaliers - considérés ici comme non-résidents fiscaux - seront répartis entre les classes d’impôt suivantes :
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Non-résidents |
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Classe 1 |
Contribuable n’appartenant ni à la classe 1a, ni à la classe 2. |
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Classe 1a |
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Classe 2 |
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A chaque classe d’impôt correspond un barème d’imposition spécifique ; l’imposition selon la classe 2 étant la plus favorable, l’imposition selon la classe 1 la moins avantageuse.
La classe d’impôt à laquelle un employé appartient figure sur la carte d’impôt, document que le frontalier doit se procurer auprès de l’administration fiscale et remettre à son employeur afin que ce dernier prélève au plus juste la retenue à la source. Cette fiche de retenue d’impôt renseigne notamment le statut familial du salarié, son adresse, sa classe d’impôt ainsi que sur les déductions applicables aux revenus professionnels pour les besoins de l’imposition par voie de retenue à la source.
Lorsque le conjoint du frontalier exerce également son activité professionnelle au Luxembourg, l’octroi de la classe 2 entraîne l’imposition collective des époux au Luxembourg. Cette imposition collective a notamment pour conséquence de doubler les plafonds des dépenses fiscalement déductibles et de bénéficier d’un abattement extra-professionnel de 4 500 euros.
Déductions et crédits d’impôt
Pour l’application de la retenue à la source, le revenu imposable est déterminé par l’excédent des salaires et avantages annexes sur une série de frais d’obtention (frais considérées comme engagés pour obtenir/conserver ces revenus) et de dépenses spéciales. Concrètement, ces déductions recouvrent notamment :
Encart « Evaluation des avantages en nature » :
Par principe, les avantages en nature accordés aux salariés doivent être évalués à leur valeur de marché (coût que le salarié aurait dû débourser pour en bénéficier). Certains avantages, tels que la voiture de société, le logement ou encore les tickets restaurant, peuvent toutefois être évalués de manière forfaitaire ou sur une base réduite.
Une fois la retenue à la source calculée, celle-ci est ensuite réduite par un ou plusieurs crédits d’impôt notamment le crédit d’impôt pour salarié de 300 euros par an et, sous réserve que le frontalier respecte les conditions, le crédit d’impôt monoparental de 750 euros par an.
Encart « Nouveautés 2009 : crédits d’impôt pour salariés, pensionnés, parent isolé » :
Le crédit d’impôt pour salariés (CIS) de 300 euros remplace à compter de 2009 l’ancien abattement compensatoire des salariés de 600 euros. Alors que cet abattement venait réduire le montant du salaire soumis à la retenue à la source, le crédit d’impôt vient lui réduire le montant de la retenue à la source.
A côté du CIS, un crédit d’impôt pour pensionné (CIP) de 300 euros et un crédit d’impôt monoparental (CIM) de 750 euros remplacent également à compter de 2009 respectivement l’abattement compensatoire de retraite de 600 euros et l’abattement monoparental de 1 920 euros.
La retenue à la source sur salaires ne constitue pas nécessairement une imposition définitive. Ainsi le frontalier pourra être amené, s’il respecte certaines conditions, à déposer une déclaration de revenus au Luxembourg, soit à titre obligatoire soit sur base volontaire (par exemple lorsqu’il souhaite faire valoir des déductions fiscales supplémentaires).
Le dépôt d’une déclaration de revenus sera obligatoire notamment lorsque le frontalier dispose de revenus salariaux de source luxembourgeoise, perçoit un revenu annuel imposable au Luxembourg de plus de 100 000 euros (à compter de 2009) et se trouve dans l’une des situations suivantes :
Encart : « Nouveaux seuils de déclaration »
A compter de l’imposition des revenus 2009, le seuil de revenu annuel déclenchant l’obligation de déposer une déclaration de revenus au Luxembourg pour les personnes y exerçant une activité professionnelle salariée est porté à 100 000 euros (au lieu de 58 000 euros). De même, les seuils de revenus de 31 000 euros et 25 000 euros, applicables en cas de cumul de plusieurs rémunérations, sont portés respectivement à 36 000 euros et 30 000 euros.
Le frontalier devra également déposer une déclaration s’il perçoit des revenus au Luxembourg autres que ceux provenant de son activité salariée (par exemple des revenus locatifs) ou s’il perçoit des revenus salariaux qui n’ont pas été soumis à la retenue à la source ou encore s’il opte pour l’imposition des résidents.
En tant que non-résident, le frontalier ne reportera dans sa déclaration que les revenus ayant leur source au Luxembourg à moins qu’il n’opte pour être taxé comme un résident..
Cette option entraîne l’imposition du frontalier au Luxembourg dans les mêmes conditions qu’un résident fiscal au Luxembourg. Autrement dit, le frontalier sera taxé sur ses revenus luxembourgeois sur la base du taux d’impôt qui aurait été applicable s’il avait été résident luxembourgeois, ce taux étant déterminé sur la base des revenus mondiaux de son ménage, c’est-à-dire les revenus de source luxembourgeoise et les revenus étrangers (par exemple, revenus locatifs de source belge, revenus professionnels du conjoint perçus dans le pays de résidence).
Quel est l’intérêt de cette option ? Celle-ci permet en fait au frontalier d’appliquer un certain nombre de déductions fiscales (dépenses spéciales et charges extraordinaires) auxquelles il n’aurait pas normalement eu accès en tant que non-résident (par exemple, déduction des intérêts d’emprunt, des cotisations et primes d’assurance, des frais de garde d’enfants…). En pratique, cette option peut donc s’avérer intéressante lorsque le frontalier a souscrit un emprunt immobilier et que son conjoint ne perçoit pas de revenus. En tout état de cause, l’intérêt de cette option doit être apprécié au cas par cas.
En outre, cette option n’est pas ouverte à tout le monde. Le frontalier doit, pour pouvoir en bénéficier, être imposable au Luxembourg sur plus de 90% de ses propres revenus professionnels[4] et en faire expressément la demande dans le cadre de la déclaration de revenus.
A défaut de pouvoir déposer une déclaration de revenus au Luxembourg, le frontalier a la possibilité de bénéficier d’une régularisation du montant de la retenue à la source prélevée sur les salaires et avantages assimilés sur base d’un décompte annuel. Ce dernier n’est toutefois accordé que lorsque le frontalier se trouve dans l’une des situations suivantes :
Le frontalier a également la possibilité de demander un décompte annuel lorsque son salaire n’atteint pas le seuil de 75% susvisé mais dans ce cas, il devra y reporter tous ses revenus luxembourgeois et étrangers (alors que dans les quatre premières situations, seuls les revenus de source luxembourgeoise doivent être reportés dans le décompte).
En pratique, le décompte annuel peut s’avérer favorable lorsque le frontalier débute son activité professionnelle au Luxembourg en cours d’année ou perçoit des revenus de source étrangère inférieurs à ceux perçus au Luxembourg ou encore lorsqu’il n’a pas pu bénéficier du boni pour enfant mais a droit à la modération d’impôt pour enfant à charge.
Chaque contribuable payant des impôts au Luxembourg a droit à un dégrèvement d’impôt de 922.50 euros par an et par enfant qu’il a à sa charge.
Ce dégrèvement est transformé d’office en bonification d’impôt (le « boni pour enfant ») directement payé par la Caisse Nationale des Prestations Familiales à tous les parents dont les enfants ouvrent droit aux allocations familiales luxembourgeoise.
Un frontalier dont les enfants donnent droit au paiement d’allocations familiales différentielles au Luxembourg bénéficiera donc du boni pour enfants. Ce dernier est versé automatiquement aux personnes éligibles. Le frontalier n’a donc aucune formalité à accomplir.
Lorsque le frontalier ne reçoit pas ce boni, il peut demander la modération d’impôt pour enfants à charge soit par le biais de sa déclaration de revenus au Luxembourg soit dans le cadre du décompte annuel. Il obtiendra ainsi un dégrèvement d’impôt en lieu et place du versement du boni pour enfant.
Encart « Modération d’impôt pour enfant à charge »
En pratique, pour l’imposition des revenus 2008, la modération d’impôt pour enfant à charge doit être demandée par le frontalier à l’aide du formulaire n°162 disponible sur le site de l’administration des contributions directes[5]
Il convient de noter que l’administration fiscale devrait être amenée à préciser les modalités pratiques d’obtention de la modération d’impôt via le décompte annuel ainsi que pour les frontaliers en situation de split-contrat entre leur pays de résidence et le Luxembourg.
Toute entreprise considérée comme une « collectivité » au regard de la loi fiscale luxembourgeoise sera soumise à des impositions spécifiques.
Parcourons pour ces entités les règles fiscales importantes applicables.
Droits d’enregistrement
Depuis le 1er janvier 2009, plus aucun droit d’enregistrement proportionnel n’est dû sur la constitution du capital par apport en numéraire ou en nature, pour autant qu’aucun immeuble ne soit apporté[6]. Les actifs peuvent dès lors être transférés au Luxembourg (cash, immobilisations corporelles et incorporelles) sans coût fiscal luxembourgeois.
Formalités liées à la constitution d’une société – l’autorisation d’établissement
Outre l’immatriculation (éventuelle) à la TVA et à la sécurité sociale (qui ne font pas partie de cette analyse), ainsi qu’au Registre de commerce et des sociétés de Luxembourg, une société devra obtenir le cas échéant une autorisation d’établissement. Une autorisation d’établissement est requise pour l’exercice d’une activité artisanale, industrielle, commerciale, pour certaines professions libérales (architecte, ingénieur, comptable, etc.…), ainsi que pour les services prestés dans le secteur financier[7]. L’autorisation d’établissement est délivrée en faveur d’une personne qui devra démontrer qu’elle a les qualifications professionnelles requises pour le secteur d’activité en question ainsi que son honorabilité.
Il existe trois types d’impôts directs en fiscalité luxembourgeoise : l’impôt sur le revenu des collectivités (IRC), l’impôt commercial communal (ICC), et l’impôt sur la fortune (IF). Alors que les deux premiers impôts sont établis sur la base du revenu imposable de la société (ou plutôt « les organismes à caractère collectif » selon les termes de la loi) et sont dès lors des impôts sur le revenu, l’impôt sur la fortune est établi sur la base des actifs nets de la société.
Résidence fiscale – critère déterminant de l’imposition
Le caractère déterminant de l’imposition d’une société est sa résidence fiscale. Une société est résidente fiscale luxembourgeoise si son siège statutaire ou son principal établissement se trouve sur le territoire grand-ducal. Dans ce cas, tous les revenus perçus, quelle qu’en soit l’origine, sont imposables au Luxembourg sous réserve de l’application d’une convention préventive de la double imposition[8].
Une société qui n’a pas sa résidence fiscale au Luxembourg est quant à elle imposable uniquement sur les revenus d’origine luxembourgeoise si ces revenus sont réalisés par l’intermédiaire d’un établissement stable au Luxembourg (par exemple une installation fixe d’affaires). Les établissements stables (qui peuvent prendre la forme légale d’une succursale de la société étrangère) sont soumis aux mêmes impôts directs qu’une société résidente.
Encart : Opacité ou transparence ?
En ce qui concerne les impôts sur le revenu, une distinction doit être faite entre les sociétés transparentes et opaques. Seules les sociétés opaques ont la personnalité fiscale en matière d’impôt sur le revenu des collectivités (IRC), c’est-à-dire qu’elles sont redevables de l’IRC sur leur bénéfice fiscal propre. Les sociétés transparentes ne sont pas redevables de l’IRC sur leur bénéfice fiscal, car ces revenus sont imposables dans le chef des associés de ces sociétés en fonction de leur participation dans le capital de la société transparente. Il en est de même en matière d’IF.
Par contre, pour l’ICC, la transparence fiscale ne joue pas et la société (transparente ou opaque) est imposable à l’ICC sur ses bénéfices fiscaux.
Les sociétés anonymes, les sociétés en commandite par actions, et les sociétés à responsabilité limitée sont des sociétés opaques. Les sociétés transparentes sont les sociétés en nom collectif, les sociétés en commandite simple, les sociétés civiles, ou encore les sociétés de fait.
La détermination du bénéfice fiscal repose sur une approche bilantaire. Ce résultat est déterminé par la différence entre l’actif net investi en fin d’exercice et l’actif net investi en début d’exercice, diminué des augmentations de capital et augmenté des réductions de capital (et éléments y assimilés telle que la prime d’émission). Dans la grande majorité des cas, le bénéfice fiscal sera égal au bénéfice commercial de la société. Un bilan fiscal devra toutefois être établi lorsque des règles fiscales d’évaluation « décrochent » des règles comptables. Citons à titre d’exemple le cas d’un bilan commercial établi dans une devise étrangère. Dans ce cas un bilan fiscal devra être établi pour convertir les actifs et passifs en euros selon certaines règles en vue de la détermination du bénéfice fiscal en euros.
La loi fiscale ne permet pas, actuellement, de valoriser des actifs à une valeur supérieure à leur prix d’acquisition. Un projet de loi[9] prévoit une modification des règles d’évaluation fiscales en vue de permettre aux sociétés qui préparent des comptes annuels en IFRS de pouvoir utiliser ces comptes pour la détermination du bénéfice fiscal. Ce projet de loi devrait en principe être voté pour l’année prochaine au plus tard.
En principe, toutes les dépenses d’une société sont par nature à caractère professionnel et sont déductibles. Quelques dépenses ne sont toutefois pas déductibles comme les dépenses d’exploitation qui sont en connexion économique avec des revenus exonérés[10], les distributions de bénéfice, les rémunérations allouées aux administrateurs en dehors de la gestion journalière, les amendes pénales et administratives, l’IRC, l’ICC et l’IF ainsi que les intérêts de retard en rapport avec ces impôts (les reprises de provisions fiscales sont non imposables), les dons et libéralités (à l’exception de ceux payés à des organismes agréés).
La fiscalité des revenus d’activités holding est particulièrement attractive au Luxembourg, dans le sens où les dividendes perçus de participations « importantes » peuvent être entièrement exonérés de l’impôt de même que les plus-values réalisées sur de telles participations.
Encart : Les participations dites « importantes »
Il s’agit de celles qui représentent au moins 10% du capital social de la société dans laquelle la participation est détenue, ou un prix d’acquisition d’au moins 1,2 millions d’euros ou 6 millions d’euros pour les plus-values, et qui respectent un critère de permanence (détention ininterrompue d’au-moins un an).
La société dans laquelle la participation est détenue doit être une société de capitaux résidente luxembourgeoise ou une société de capitaux résidente dans un autre pays de l’UE, ou encore toute société de capitaux établie dans un autre pays pleinement imposable à un impôt correspondant à l’impôt sur le revenu des collectivités. Les dividendes perçus de ces participations seront entièrement exonérés, et pour 50% si le critère de durée ou de pourcentage de détention n’est pas satisfait.
En ce qui concerne les plus-values réalisées sur de telles participations, elles seront également totalement exonérées dans les mêmes conditions (à l’exception du critère du prix d’acquisition qui doit être de minimum 6 millions d’euros).
Encart : Attention : les moins-values réalisées restent entièrement déductibles.
Les charges d’intérêts de financement d’une participation ne sont pas déductibles à concurrence des dividendes exonérés perçus. Si ces charges sont supérieures au dividende exonéré, l’excédent est déductible d’autres revenus imposables (par exemple des revenus d’une activité commerciale). Par conséquent, toutes les charges d’intérêts sont déductibles si aucun dividende n’est perçu. Une plus-value éventuelle sur la cession de la participation serait toutefois imposable à concurrence des montants qui ont été déduits (règle de rattrapage).
Dans le cadre des stratégies et objectifs européens en matière de recherche et développement, le Luxembourg, en accord avec ces règles européennes, a mis en place un régime fiscal attractif pour les activités de recherche et de développement ainsi que pour la détention et la gestion des droits de propriété intellectuelle. Ce régime concerne les droits acquis ou constitués après le 31 décembre 2007. Sont visés les droits d’auteur sur logiciel informatiques, les brevets, les marques de fabrique ou de commerce, les modèles, dessins et noms de domaines. Les revenus nets[11] (redevances et plus-values) perçus pour l’usage ou la concession de l’usage de tels droits sont exonérés à hauteur de 80%, ce qui représente un taux effectif d’imposition de 5,7% de ces revenus nets pour une société établie à Luxembourg ville. Les revenus liés à des marques bénéficient également de ce régime, ce qui constitue un des avantages du Luxembourg par rapport à d’autres pays européens comme la Belgique ou les Pays-Bas.
Les pertes fiscales d’une société résidente ou d’un établissement stable peuvent être déduites des résultats imposables futurs, sans limite de montant ni de temps. Un principe général veut que seul celui qui a subi la perte puisse la porter en déduction.
Encart : Théorie allemande du « Mantelkauf »
Une décision récente du Tribunal administratif (6 juillet 2009) a précisé que la seule condition de report des pertes porte sur la personne qui les a subies. Un changement de l’activité, voire même d’actionnariat, ne doit en principe pas remettre en cause le report des pertes.
L’assiette imposable de la société sera le résultat des corrections apportées au bénéfice fiscal de la société, après déduction des pertes fiscales antérieures. L’assiette imposable est soumise à l’IRC et à l’ICC à des taux d’imposition distincts. Depuis le 1er janvier 2009, le barème d’imposition à l’IRC est le suivant :
<= EUR 15 000 20%
> EUR 15 000 21%
Avant le 1er janvier 2009, le taux d’imposition était de 22% pour les revenus supérieurs à 15 000 euros. Compte tenu de l’impôt de solidarité de 4% (alimentation du fonds de chômage), le taux IRC s’élève maintenant à 21,84% (22,88% antérieurement).
Comme expliqué précédemment, les sociétés sont également redevables d’un impôt commercial communal. L’assiette imposable est essentiellement la même que celle déterminée pour l’IRC, à l’exception d’un abattement de 17 500 euros. Les taux ICC sont déterminés par les communes et peuvent donc différer de l’une à l’autre, mais ils se situent en règle générale dans une fourchette entre 6,75% (Luxembourg ville) et 9%. Le taux d’imposition effectif sur le revenu peut donc se situer entre 28,59% (Luxembourg ville) et 30,84%.
La réduction du taux de l’IRC de 1% en 2009 (1,04% compte tenu de l’impôt de solidarité) est en principe le début d’une phase de réduction du taux de l’impôt. Le Premier Ministre avait en effet annoncé dans son discours sur l’état de la nation le 22 mai 2008 que le taux d’imposition serait réduit progressivement à 25,5% (Luxembourg ville). Le Premier Ministre a toutefois précisé récemment que cette réduction ne sera toutefois appliquée que si la situation budgétaire et financière le permet[12].
Il existe certains crédits d’impôt qui peuvent diminuer l’impôt à payer. Le plus connu est la bonification d’impôt pour investissement. Les investissements en immobilisations corporelles amortissables, autres que les bâtiments, peuvent faire l’objet d’une bonification d’impôt. Cette bonification est un crédit d’impôt déductible de l’IRC et reportable sur 10 années, à défaut d’IRC suffisant. De tels investissements effectués par une société nouvellement constituée peuvent bénéficier d’un crédit d’impôt entre 14% et 18%, en fonction du montant des investissements.
Une société est non seulement imposable sur les revenus perçus mais également sur sa fortune. Sa fortune est établie par différence entre les actifs investis au Luxembourg et les dettes qui s’y rapportent, ces éléments étant à prendre en compte en règle générale pour leur valeur d’exploitation.
Encart : Exemple - Les participations importantes (voir ci-dessus) ne font pas partie de la base imposable à l’IF, ce qui signifie qu’une société holding ne paie en principe que l’impôt sur la fortune minimum (25 euros pour une Société à responsabilité limitée et 62,5 euros pour une Société Anonyme). La charge d’IF correspond à 0,5% de la base imposable à l’IF (encore appelée valeur unitaire de la société). Une société pourra dans certains cas ne pas payer l’IF si elle constitue une réserve indisponible pour un montant égal à 5 fois le montant à payer durant 5 ans.
L’évolution récente de la fiscalité tant des personnes physiques que des collectivités va dans le sens d’un allègement des charges fiscales, renforçant ainsi l’attractivité du Luxembourg.
Ces évolutions seront à suivre dans les prochains mois, notamment au regard de la crise économique qui nous frappe.
[1] L’expatrié peut être défini comme une personne employée dans un pays d’origine et envoyé par son employeur dans un pays d’accueil pour une durée limitée (en général 2 à 5 ans), au terme de laquelle l’expatrié revient généralement dans son pays d’origine ou est transféré dans un autre pays.
[2] y compris la surtaxe de 2,5% au profit du fond pour l’emploi.
[3] En pratique, l’administration fiscale ne retient cette condition que lorsque les conjoints sont imposés collectivement.
[4] Cette limite peut être portée à 50% des revenus professionnels du ménage pour les résidents belges sur base de la convention fiscale conclue entre le Luxembourg et la Belgique (article 24).
[5] http://www.impotsdirects.public.lu/formulaires/fiches_d_impot/index.html
[6] Ce droit était de 0.5% en 2008. Il était de 1% précédemment. Sous certaines conditions il pouvait être réduit à 0%. Seul un droit fixe de 75 euros est dû.
[7] Cette autorisation est délivrée par le Ministère des Classes Moyennes, à l’exception des services dans le secteur financier qui font l’objet d’une autorisation de la CSSF (Commission de Surveillance du Secteur Financier).
[8] Par exemple, les bénéfices de source française ou belge perçus par une société luxembourgeoise sont exonérés de l’impôt sur le revenu au Luxembourg si ces revenus sont perçus par l’intermédiaire d’un établissement stable situé dans ces pays mais sont alors soumis au régime fiscal de ces derniers.
[9] Projet de loi n°5924 déposé le 1er octobre 2008.
[10] Art. 45 alinéa L.I.R.
[11] Les revenus nets sont les revenus bruts diminués des dépenses en relation économique directe avec ces revenus, y compris l’amortissement sur le droit.
[12] Déclaration du Premier Ministre du 29 juillet 2009 sur le programme gouvernemental 2009 à la Chambre des Députés.