La philanthropie renvoie à deux idées : l’humanité et le désintéressement. Depuis l'action du chevalier romain Mécène (Caius Cilnius Maecenas) - initiateur de cette doctrine ancienne – celle-ci a émaillé notre paysage culturel, humanitaire et social.
Mais l’idée de désintéressement ne correspond pas à l’objectif premier d’une entreprise privée. Philanthropie et entreprise semblent poursuivre des intérêts contradictoires. Reste l’idée d’humanité pour les rapprocher. Les entreprises participent à la construction de la société dans laquelle elles évoluent. Elles s’inscrivent dans le développement économique d’un territoire. Elles ont une mission indirecte de cohésion sociale, de formation des jeunes, diplômés ou non. Certaines entreprises ont pris conscience de leurs responsabilités et ressentent, de plus en plus, le désir de se rendre utile. D’autres n’ont pas encore saisi l’étendue du rôle qui leur incombait. De grandes disparités subsistent donc. Si les grandes sociétés de services notamment figurent parmi les plus engagées, il existe un panel de sociétés de taille moyenne que des projets sur mesure pourraient intéresser.
Aujourd’hui, au Luxembourg, ce sont systématiquement les 15 ou 20 premières sociétés du classement du STATEC qui sont sollicitées pour des projets philanthropiques. Certaines entreprises, ayant leur centre de décision et la majeure partie de leurs clients hors du territoire luxembourgeois, bénéficient rarement d’un budget à dédier à une action philanthropique au Luxembourg.
Une action portée par les collaborateurs
Pour les autres, la question qui se pose, porte sur le choix du projet. Certaines entreprises préfèrent bâtir leur engagement avec l’association ou l’institution en charge du projet, afin d’intégrer l’action philanthropique à la vie de l’entreprise. Il est essentiel, pour la réussite du projet, que l’action philanthropique soit « portée » par les collaborateurs. On peut citer les exemples d’une course à pied, reversant un don, proportionnel au nombre de coureurs, au profit d’un projet prédéfini, l’organisation d’une journée récréative pour un public ciblé, notamment les personnes âgées ou la conception d’une œuvre d’art. Comment impliquer les salariés ? en les faisant participer au choix du projet, en les laissant, par exemple, imaginer des actions pour le financer et, bien entendu, en les impliquant dans la réalisation du projet.
Si un salarié participe, cela donne vie et sens au projet soutenu par l’entreprise et favorise la création de lien social, l’ouverture sur le monde et l’intégration. Ce qui est d’autant plus important au Luxembourg où les entreprises embauchent de nombreux jeunes diplômés étrangers qui ne connaissent pas la société luxembourgeoise. Le partenariat avec une association ou une institution culturelle est un échange qui appelle dialogues et rencontres. En construisant le projet ensemble, l’entreprise peut proposer ses conseils et services pour la mise en œuvre. Au-delà de l’aide financière, les entreprises peuvent mobiliser leurs talents et leur créativité pour aider et conseiller une association ou une institution. Deux mondes – philanthropie et entreprises - coexistent sans cohabiter. A l’heure actuelle, les rencontres et dialogues se font au cas par cas. Il n’y a pas d’association ou de club regroupant les entreprises philanthropes, seuls l’Institut pour le Mouvement Sociétal (IMS) et l’Union des Entreprises Luxembourgeoises (UEL) pallient en quelque sorte ce manque.
Les PME et PMI ont du mal à agir
Les entreprises qui ont moins conscience de leur rôle sociétal et qui sont peu expérimentées dans les relations avec les associations, peinent à faire le premier pas. Les PME et PMI, par exemple, ont du mal à agir car elles sont moins sollicitées et ont des moyens différents que ceux déployés par les grands groupes. Pourtant, elles jouent un rôle fondamental au niveau de l’activité économique du pays. Pour affirmer leur action philanthropique, ces entreprises pourraient se regrouper ou être conseillées par un tiers. Dans ce contexte, le levier fiscal serait l’élément déterminant car il incite les plus petites entreprises à agir. On remarque, en France, par exemple, l’impact de la loi du 1er août 2003 sur le développement du mécénat et, particulièrement, sur l’implication des PME à agir dans le mécénat. En 2007, 53 % des entreprises mécènes en France sont des PME de plus de 200 salariés, représentant 31 % du budget total du mécénat.
Le colloque du 23 avril 2008 sur la philanthropie témoigne, par le nombre d’inscrits et la qualité des intervenants, de l’acuité du sujet au Luxembourg. Une loi favorisant la philanthropie permettrait au Luxembourg de suivre le mouvement amorcé par certains de ses voisins européens. Une évolution de la législation sur les fondations d’entreprise pourrait aussi favoriser un nouvel essor de la philanthropie. Créer une fondation pour une entreprise marque une volonté de s’engager à long terme dans une action philanthropique, de pérenniser ses actions et de prolonger son effort en multipliant les projets.
Cependant, comme ni l’Etat ni les entreprises ne peuvent répondre à toutes les sollicitations, il devient indispensable pour les acteurs (public, privé et associatif) de se regrouper pour trouver des solutions communes et, pourquoi pas, de créer un nouveau cadre permettant au Luxembourg de développer une plateforme de services à vocation européenne liée à la philanthropie.